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18 Jan

Guerre Mentale

Publié par Julien R. Meyselle  - Catégories :  #Short-stories

Bonjour à vous chers lecteurs, je vous retrouve aujourd'hui avec une nouvelle histoire, un peu plus tragique que mes écrits habituels. J'espère que cela vous plaira, et attends avec impatience vos avis, donc, vraiment, n'hésitez pas à commenter, ici ou sur notre page Facebook, et pourquoi pas, à participer vous aussi et à partager vos propres écrits. Allez, une bonne lecture, et une bonne journée !

Guerre Mentale

La terre se soulève, la poussière et le sable nous ensevelissent, les hommes se retournent les uns contre les autres. Je n’ai jamais voulu ça. Personne n’a voulu cela. Comment en sommes-nous arrivés là ? Les politiques n’y sont certainement pas pour rien. Ils font ce qu’ils peuvent, protègent leur pays, mais qui nous protège nous, si ce n’est nous-mêmes ? Ces dirigeants utilisent leurs mots pendant que nous, nous utilisons nos armes. Je ne leur en veux pas. Je ne suis pas le premier à partir défendre mon pays, et je ne serais pas le dernier.

Le vent soudain plus violent que précédemment nous montre que la tempête approche. Ma combinaison camouflage claque plus fort que jamais contre mes jambes, aussi bien que mes acolytes ne peuvent détecter les tremblements qui les parcourent. Je suis un homme fort, ou du moins je l’étais. Je l’étais avant de voir les horreurs que la guerre peut provoquer. Les combats, les armes qui se retournent les unes contre les autres, à côté, ce n’est rien. C’est le peuple qui me fait pâlir d’effroi, me tétanise. Les familles se déchirent.

Un beau matin deux enfants se lèvent et découvrent leur mère pendue dans la cuisine, avec pour seul pardon un déjeuner préparé avant son douloureux choix. Ces enfants ne pleurent pas. Ils font comme moi : ils se veulent durs, se referment, ne disent mot, et encaissent en silence, comme si c’était une chose tout à fait normale que de perdre leur père au combat et le reste de leur famille comme leur mère. Les yeux sombres, ils quittent la demeure familiale pour ne jamais y revenir. Le lendemain, cinquante morts sont signalés en centre-ville, deux jeunes kamikazes se sont fait exploser à proximité de voitures. Ils sont désormais traités en martyrs et s’en vont là-haut retrouver tous ceux qu’ils ont perdus.

A eux deux, ils ont tués plus de personnes que moi en trois mois d’expédition. Pourquoi ? Par conviction. Ils croyaient au salut éternel. Ils voulaient qu’on les remarque une dernière fois, ils voulaient montrer à tout l’univers l’injustice de ces combats. Mais c’est évident. Il n’y a jamais eu aucune justice dans la guerre. Ce ne sont que des règlements de compte entre représentants.

Une explosion détonne une cinquantaine de mètres en contrebas, d’autres de nos soldats se sont fait abattre par les pions noirs. Rois et reines restent bien cachés derrière eux et envoient désormais la cavalerie. Le combat fait rage. Le sable, le vent, les armes, les morts : rien ne les arrête. Le désert se mue en champ de ruines. Les corps jonchent le sol et jouxtent les carcasses encore fumantes de la cavalerie blanche. Ils étaient mes amis, et n’étaient désormais plus qu’un cercueil de plus à fleurir, qu’un trophée de plus à offrir à leurs familles détruites. Je vois déjà le drapeau national posé sur leurs dépouilles. Je ne peux m’arrêter là, pas maintenant, pas après les avoir vus se sacrifier pour nous.

Encore cachés en haut de la colline, nous continuons notre marche, tout en veillant à n’alerter personne. Nous ne devrions pas être là, loin des combats, mais nous savions ce qu’il fallait faire pour en finir : attaquer, et arrêter de se neutraliser. La neutralité n’existe pas dans mon pays, les suisses sont ouvertement moqués. Il nous faut gagner… ou perdre, mais ne jamais travailler sans résultat. Alors nous marchons, sans nous arrêter, jusqu’à ce que l’on arrive au point stratégique. Au point où nos vies et notre histoire se joueront. Comme si c’était un jeu, tiens.

Je ne sais plus où j’ai la tête, tout en marchant, je me rappelle les instructions de nos généraux, les derniers mots de ma femme, de mes enfants, de mon fils Jake, les larmes aux yeux, qui me demande si je gagnerai la guerre. « Je ne peux que la gagner » lui avais-je dit. « Je n’aurais qu’à faire Pause et à appuyer sur Replay quand je ferais une erreur. ». Il m’avait souri, l’air grave, et soudain, mon fils de quatorze ans m’avait paru être un homme. Il s’occuperait de la famille, de sa mère qui pleurerait toutes les larmes de son corps, de son jeune frère et de sa jeune sœur qui ne comprendraient pas encore que je ne rentrerai pas.

Non, je ne le permettrai pas. Pour eux, je gagnerai. Au diable les discours nationalistes, la seule chose qui compte à mes yeux désormais, c’est ma famille. Je rentrerai vainqueur, et les enlacerai plus fort que jamais. Et ce sont ces pensées qui m’amenèrent au point. Le Point. Celui qui causera notre perte ou notre salut.

Entre temps, la nuit était tombée, tout comme les bruits. Le silence nous entourait désormais. Un silence si pesant que je pouvais entendre les battements de cœur des soldats qui m’accompagnaient. Chacun gardait le regard fixe, à l’horizon, profitant certainement de leur possible dernier paysage.

Nous nous étions répété tant de fois le plan, que de simples regards suffirent à nous mettre tous d’accord. Zacharia et Ahmid, les plus plausibles arabes de l’équipe étaient désormais déguisés comme des soldats ennemis, et descendaient la côte, poussant Wayne du bout de leurs armes volées, étant un appât provisoire. Ce dernier courrait à sa perte, nous en étions tous conscients, mais il s’était désigné lui-même. Il voulait s’expier de tous ses pêchés avant de rejoindre ses parents là-haut, n’ayant aucune famille au pays. Nous ne restâmes plus que cinq.

La première partie du plan fonctionna à merveille. Tous trois arrivèrent en bas, entre les deux tours noires qui se distinguaient aux rayons de lune, et se firent accoster. Ils demandaient à ne parler qu’à leur chef, prétextant que Wayne possédait des informations de la plus haute importance, qui pourraient conditionner l’avenir des affrontements – mais qui étaient, pour la plupart, fausses. Ne pouvant refuser leur visite impromptue, les soldats laissèrent mes coéquipiers infiltrer leur QG. Jusque-là, tout allait bien.

De notre côté, encore cachés parmi les rochers de la colline, gardant la base ennemie en visuel, nous commençâmes à nous mettre en place. Un premier, un deuxième, puis les deux autres s’allongèrent, leurs fusils de précision rivés vers les fenêtres ennemies. Nous étions cinq, un pour chaque cible. Il en manquait pour l’instant une. Les quatre autres, pendant ce temps, passaient devant les fenêtres à intervalles réguliers. Ayant besoin du plus de précisions possible, je les observai.  Ils y arrivaient toutes les trois minutes, et chaque soldat ennemi jetait un œil dehors à cinq secondes d’intervalle l’un de l’autre. Il allait nous falloir être rapides et précis.

Je me suis allongé, positionné de manière à me sentir à l’aise, vérifié que mon arme soit chargée, puis ai plongé l’œil dans la lunette. Wayne venait d’arriver dans la pièce, escorté par d’autres soldats que Zacharia et Ahmid. Où étaient-ils ? Etaient-ils vivants ? Je n’en savais rien, et ne pouvais m’en préoccuper maintenant. Le plus important était ma cible désormais. Elle seule comptait, rien d’autre. J’allais devoir m’occuper du leader ennemi, celui qui avait lancé cette guerre et mis à mort des milliers d’hommes. Il ne pouvait m’échapper, je ne le permettrai pas.

Wayne avait commencé à parler, et ne paraissait pas effrayé. Il savait ce qu’il avait à dire. Encore fallait-il que notre cible lui laisse assez de temps de parole. Désormais, Wayne m’était invisible : le leader Al Khetani lui faisait face, et tournait le dos à la fenêtre. J’aurais aimé le tuer maintenant, mais si je le faisais, ça alarmerait tous les gardes et nous serions rapidement repérés. Il nous fallait nous occuper d’eux d’abord. Mais l’ennemi s’impatientait, Wayne gagnait du temps. Et alors, tout vola en éclat : deux coups de feu retentirent. Al Khetani esquissa un bond : Wayne était toujours vivant. Je savais quels hommes avaient rendus l’âme, malheureusement. Qu’ils reposent en paix, ils étaient morts en héros. Alors, le leader ennemi se doutait que quelque chose ne tournait pas rond. Les trois minutes étaient écoulées.

Le premier sniper, Johnny, décocha la première balle. Une fenêtre explosa en bas à gauche de l’immeuble, le premier garde était tué. Une, deux, trois, quatre, cinq… Richard appuya sur la détente à son tour, en bas à droite, une seconde fenêtre et un autre garde tombèrent. Une, deux, trois, quatre, cinq… William s’occupa du garde le plus à gauche de l’étage où se trouvait Al Khetani. Une, deux, trois, quatre, cinq… A son extrême droite, Earvin tua le dernier. Il ne me restait plus qu’à conclure. J’ai retenu ma respiration, et, dans son dos, ai visé le cœur. Une, deux, trois – j’approche le doigt de la gâchette – quatre – mon index commence à la presser – mais je n’avais pas été assez rapide, il s’était jeté sur Wayne. Ce dernier, surentraîné, décocha son couteau tactique de sa botte et le planta dans le cœur. Al Khetani tomba, mort. Cinq. La dernière balle fit éclater la fenêtre. Mon coéquipier, qui ne me voyait sans doute pas, me regarda dans les yeux, et nous quitta lui aussi, touché mortellement par mon projectile. Nous l’avions tous oublié : un pion, arrivé en camp ennemi, peut devenir une pièce maîtresse. Le roi noir avait été éliminé.

Ma mission était un échec pour un succès. Nous avions remporté la bataille, mais j’avais tué notre héros, j’avais tué notre frère. Echec et maths.

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Loréda 23/01/2014 19:35

Très beau texte, on pourrait croire à un extrait d'un grand roman. Une très belle plume comme on dit. Un début captivant et touchant, une suite qui parvient nous emmener au coeur de l'action, comme si la scène se déroulait devant nos yeux au fur et à mesure de la lecture. Bravo, continue comme ca ! (:

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