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24 Jan

Necronique-12

Publié par Julien R. Meyselle  - Catégories :  #Short-stories

Le fantastique se montre chez chacun d'entre nous, il se cache bien voilà tout. Les choses les plus improbables peuvent se montrer fantastiques. Mais qu'est-ce que le fantastique exactement ? Chacun en a sa définition, je vous laisse faire la votre tout en lisant les prochaines lignes.

La Nouvelle Page vous souhaite une agréable lecture, et vous incite à commenter cet article, via l'espace commentaires ici-bas, ou sur notre page Facebook.

© Richard Vantielcke

© Richard Vantielcke

Elle est omniprésente, collée à lui, et il ne peut s’en défaire. Alors il court, court, encore et encore, se pousse à bout, repousse ses limites, attendant de voir si elle lui répondra, si elle courra derrière lui, repoussera ces mêmes limites. Les douze coups de midi sonnent. Aucun bruit ne lui parvient, si ce n’est celui de la cloche. Quelque chose, justement, cloche. Ce silence est anormal : le village habituellement bruyant s’est tu. Le son l’appelle, le happe, comme s’il lui était destiné. Douze heures se sont écoulées depuis.

Midi, minuit. Le jour, la nuit. Cette ombre est toujours là, toujours à ses côtés, à ses pieds, étendue de tout son long sur le sol, les murs, presque mouvante la nuit lorsqu’il se déplace. Comme si elle était vivante. Il se pose des questions, se croit fou, mais garde le silence, comme tous les villageois le font désormais à midi. Mais il fait nuit désormais. Et ce même silence l’entoure, encore.

Enfin, il comprend. Personne ne se tait, c’est le temps qui le fait. L’espace qui l’aide, se distord, fait mouvoir l’ombre. Quelque chose d’encore inconnu l’habitait. Qu’était cette chose, que lui voulait-elle, il n’en avait aucune idée, mais ne pouvait s’empêcher de se questionner. Il la laissait faire alors, attendait un signe. Il attendait qu’elle opère, lui montre l’étendue de son pouvoir. Mais il devait se rendre à l’évidence : il se faisait des idées. Une ombre est une ombre, elle lui appartient, et n’agit aucunement seule.

Pourtant il ne peut le nier, lorsqu’il dort, elle n’est plus là : elle l’entoure, lui garde les yeux clos et rend son monde aussi sombre que des abimes. Ces rêves sont-ils les siens ou des visions qu’on lui renvoie ? Encore une question à laquelle il aimerait avoir une réponse. Mais encore une fois, le silence se fait.

Douze mois passent, rien ne se passe. Douze ans défilent, rien ne se profile. Il court encore, moins vite qu’avant, mais l’ombre, elle, n’a pas changé. Elle avait pris ses formes d’adulte, mais se mouvait toujours aussi facilement. Enfin, il se retourne et ferme les yeux. Les abimes lui apparaissent à nouveau. Toutes ces années étaient passées et il n’avait rien appris. Il attendait encore des réponses. Il avait encore des questions.

Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Tant de questions simplistes dont les réponses évidentes lui échappaient le rendaient encore un peu plus fou, un peu plus seul. Il s’enferme, fuit la société et les personnes trop tendancieuses pour être attirées par un être aussi refermé que lui. Il n’en peut plus, veut en finir, veut quitter ce qui lui a toujours déplu, et prend sa décision. Alors, sans fermer les yeux, son ombre se rabat sur lui, et il la découvre enfin sous son vrai jour. Elle était lui. Il faisait face à lui-même.

« Mais qui es-tu ? » demande-t-il apeuré, sans comprendre. « Je suis Là. » lui a-t-elle répondu, sans éviter la question, ni y répondre entièrement. Il n’avait plus de questions à se poser, bizarrement.

Cet autre lui, plus sombre, l'emmena alors dans les méandres sombres et méconnus de la mort. Il n'y avait rien d'effrayant là-dedans. On y trouvait toutes les âmes disparues, qui erraient seules ou en groupe, mais toutes libres de faire ce qui leur plait. L'homme et l'ombre ne formaient qu'un désormais, et, dans ce vide incomensurable, le vide semblait tout. Rien ne lui paraissait impossible. Le champ des possibilités s'ouvrait à lui. Jamais jusque là il ne s'était senti aussi épanoui. Les regards autour de lui étaient restés vivants, mais étaient désormais tristes et fades, alors que le sien n'avait jamais été aussi clair, aussi rayonnant. La mort lui convenait bien. Il ne devait plus rien à personne, et pouvait enfin profiter pleinement de tout le temps qu'il avait devant lui, si jamais dans cet univers noir le temps existait.

Toutes les réponses lui paraissaient évidentes désormais. Le puzzle s’assemblait. Cette silhouette sombre qui le suivait depuis la naissance n’était pas une ombre, ni une distorsion de l’espace ou du temps. Il ne lui fallut que douze secondes, ou douze minutes, peut être même douze heures pour comprendre, il ne pouvait le préciser. Elle était son tout, son être, son futur rêvé... En un mot : sa destinée.

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