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22 Jan

Purple Naze

Publié par Ed  - Catégories :  #Nos invités

Nous sommes heureux aujourd'hui d'accueillir parmi nous un nouvel auteur, au style bien particulier et décalé qui manquait sans nul doute à La Nouvelle Page, trop formelle et classique jusque-là, avouons-le. Notre nouveau, surnommé Ed, avec Purple Haze, vous mettra sans doute la même claque que nous avons reçu avant de le publier. Nous espérons que, comme nous, vous serez réceptifs à cet écrit, et attendons avec impatience vos retours, alors n'hésitez pas une seule seconde à commenter cet article, et s'il vous a plu à le partager ! Sur ce, nous vous souhaitons une agréable lecture !

© Gerald Colangelo

© Gerald Colangelo

Une lumière frissonnante avait cloué au sol l’ombre de cette fille, qui se miroitait dans l’eau des chiottes. Ce soir, épilepsies et angoisses sur le carrelage giclant. Elle s’étalait le mascara avec le doigt et fondait du rouge sur ses lèvres, peintures de guerre moderne, et lut le message graphé sur la porte : « Une femme platine accouche, tire la chasse, le môme fracasse l’eau et se noie dans la grosse canalisation hypocritement blanche ». Sa bouche se crispa, et elle se demanda si c’était vrai. Elle avait lu qu’à leur sortie, les bébés savaient nager. Peut-être qu’aujourd’hui, un orphelin errait dans les tripes de la ville, grandissant sans la lumière des réverbères, élevé par des rats, les pieds dans des nausées oubliées, il aurait une peau froide, l’iris pas colorié et la gencive blanchie. Toute la journée, son œil, sur lequel crachaient les bouches d’égout, rongerait la lumière du dehors, les pensées pleines de spasmes, il craindrait que là-dessus, à sa sortie, des phalanges goudronnées le broient. Et il replongerait à la recherche d’une petite lune à allumer, dans la nuit en apnée.

Pas envie de partir en bad trip, elle marcha sur les trottoirs longtemps, avec du plastique en fusion dans les oreilles, qui lui chuchotait métalliquement de ne pas s’arrêter. C’est alors qu’elle le vit : le Purple. Assis sur un banc, il trônait sur le monde et faisait tomber des cendres sur ses mocassins troués. Il faisait chialer un bout de shit, et, quand elle lui demanda si elle pouvait tirer avec lui, il la tacla avec sa pupille dilatée et poussa une boîte de chaussure pour lui faire de la place. Assoiffés de fumée, le joint brula vite. Son rouge à lèvre encore frais sur la fin, elle le remercia et repartit refroidir la nuit.

Sur son banc, le Purple changeait les braises d’une clope en ronds humides. Dans le croisement de ses jambes, l’ombre d’un rat, gros comme un chat, tournoyait. Il ouvrit la boîte à chaussure, même que c’était une de Timberland, dedans y avait une brosse à dent épilée avec le manche taillé en pointe, un cadenas, un flacon séché de parfum aussi, y avait un peu de pilon, puis une bougie cirée, un Zippo sans gaz, et une lame de rasoir de rouge tachetée. Il en sortit un décapsuleur et ferma sa mâchoire dessus, planta ses pouces dans le béton et les fit grincer doucement. Une voiture passant, une ombre mise à nu, ses mains se refermèrent sur le gros rat. Les ongles, centimètres par centimètres s’infiltraient dans le rat qui couinait salement, la main droite le plaquant sur une planche de bois alors que la main gauche faisait tourner le décapsuleur au manche pourri en bois. Il plaça l’acier parfaitement gris sur les dents pourries : un petit nuage sorti du corps fendu du rat, suivi de deux dents propulsées par un jet de sang puant. Il balança le gros rat qui bavait sur la route et fit rouler les bouts blancs en sang dans le caniveau. Après avoir mis le décapsuleur et ses poings dans les poches, il se leva et partit à la recherche de quelque chose à voir peut-être plus loin.

Planant très haut, il rasait pourtant l’asphalte de près, assez défoncé pour se dire que c’était dommage que la prairie ait été baisée par le ciment et que trop d’oiseaux chantaient faux, il se rendit compte qu’il n’avait jamais vu la campagne et il soupira de joie. La fonce-dalle et une pâteuse lui niquant son délire, détournement au Monop’, il continuerait à se paumer plus tard. L’escalator le traina gentiment vers le sous-sol où après quelques coups de têtes en arrière, il vit qu’aucune caméra n’était collée au rayon céréales. D’ailleurs c’est toujours à ce putain de rayon que l’on n’en trouve pas, comme si on ne voulait pas niquer le système en allant acheter ses Chocapic. Alors il baisa le système, et avec le sourire, l’effronté. Il prit deux Kro’ dans sa boîte à chaussure, se mit plein de sachets de M&M’s dans le froc et montra le chemin à l’escalator borné. Face au vigile à la sortie, il n’eut pas besoin de foutre le regard dans ses chaussettes : il était blanc et sentait pas le schlag, pas de raisons qu’il se fasse rodav. Le magasin donnait sur un boulevard où il se fit un chemin dans la foule. Le regard des gens y est tellement vide qu’on peut y foutre nos merdes et peurs. Il se mit donc à mater langoureusement le trottoir où s’écrasaient les gouttes. A contre-courant dans la marée de parapluies noirs, il cherchait la rue la plus oubliée. Alors que ses chaussettes étaient toutes entièrement imbibées d’eau, il trouva ce qu’il cherchait : une petite rue la gueule toute ouverte avalant juste l’eau qui rampait depuis le boulevard. Il pataugea dans l’impasse sans fond, où le « M » du métro luisait lamentablement. Des plots et des interdictions bloquaient l’entrée et disaient « En Travaux », mais le Purple y entra sans trop de problèmes de conscience.

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